À Propos d’Incarné de voyage
Bienvenue !
En écrivant ce livre, j’ai pensé aux innombrables Français croisés pendant 7 mois en Amérique du Sud. Quasiment tous les jours, j’entendais parler notre langue. Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Pérou, Ile de Pâques… sont incontestablement des destinations très prisées par nos compatriotes.
Pour un apprenti voyageur, une approche livresque (ou « internetesque ») de ces contrées peut passer par la lecture de guides et récits de voyage. Ces ouvrages ont évidemment une utilité qu’il ne s’agit pas de contester.
Cependant, il m’a semblé, peut-être à tort, que guides et récits laissent au second plan une dimension constitutive du voyage : le débordement.
Lors d’une expédition au long cours, au gré des aventures et des rencontres, il est certain que les choses ne se déroulent jamais comme on se l’est imaginé. Fort heureusement, on ne peut pas tout maîtriser.
Comme le résume un jeune guide bolivien : « Todo es posible, nada seguro » (« Tout est possible, rien n’est certain »). Telle est probablement la plus belle et impérieuse raison de voyager. Mon expérience en témoigne. Aussi, il m’a semblé pertinent de la partager.
Humblement, j’ai essayé de procéder par analogie avec les Chroniques de la haine ordinaire de Pierre Desproges. Entre février et juin 1986, les auditeurs de France inter n’avaient aucune idée de ce qu’ils allaient entendre. Cependant, l’imprévu, sous le signe de l’étonnement et de l’humour, était systématiquement au rendez-vous.
Aussi, chaque étape de mon voyage de 7 mois se traduit par un court chapitre.
Et chaque chapitre rend compte d’un débordement vécu lors de l’étape en question.
Quelques exemples illustreront ce propos :
- l’étape par Paracas (Pérou), loin de faire la promotion des îles Ballestas, démontre que le vice n’est pas incompatible avec la vertu ;
- l’étape par le Sud-Lípez (Bolivie), via le majestueux salar de Uyuni, confirme la persistance de l’incommunicabilité des êtres à l’ère d’internet ;
- l’étape par Chiloé (Chili), à l’ombre des églises en bois classées au Patrimoine mondial de l’Humanité, prouve que l’amour ce n’est pas du cinéma ;
- l’étape par El Chaltén (Argentine) se détourne du Fitz Roy pour se focaliser sur la rencontre entre deux membres du fan-club international de Jordy Lemoine ;
- l’étape par São Paulo (Brésil) révèle que le non-lusophone, inquiet pour sa survie dans la jungle urbaine, peut compter sur une improbable langue internationale.
En définitive, chaque chapitre de cet incarné affirme, d’une façon ou d’une autre, que le voyage est avant tout une collection d’imprévus et de tranches de vies indisciplinées.
De ce point de vue, je suis convaincu que mon manuscrit répond à son ambition constitutive.
Toutefois, seuls les lecteurs pourront véritablement en juger. C’est pourquoi j’ai souhaité mettre cet incarné à votre disposition.
Bonne lecture,
Jérôme Dufaur
